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Marie-Josée Kerschen: Un chant de vie…

Rien qu’à découvrir les créations de Marie-Josée Kerschen, on sait déjà qu’on ne peut pas se soustraire à elles. Elles nous interpellent et recherchent la confrontation avec l’autre, mais celle-ci devient dialogue et entente seulement si l’on est prêt à accéder et à s’ouvrir à une démarche créatrice singulière, sinon unique.

Une démarche figurative, depuis toujours, mais qui dépasse la simple figuration et transgresse la reproduction pour accéder à des réalisations d’une qualité intrinsèque indéniable.

Toutefois, l’artiste ne s’arrête pas là.

Dans le temps, ses étranges créatures, comme sorties d’une préhistoire réinventée par l’imagination, en disaient long sur ses angoisses et ses interrogations existentielles. Ensuite, ce furent des figures dont le matériau du support était multiple: le grès, l’argile, la terre-cuite, tissus, mais déjà, mais surtout, le bois taillé, ciselé, récupéré, brûlé, qui est devenu sa matière de prédilection et que Marie-Josée Kerschen travaille comme personne au Luxembourg.

A chaque fois qu’elle nous présente les fruits de son travail créateur, on a la sensation qu’elle ré-explore les lignes de vie du bois, et en particulier du chêne, pour lui donner de nouvelles dimensions expressives, car, c’est d’expression qu’il s’agit avant tout.

Ses sculptures permettent à l’artiste de traduire sa confrontation avec la vie qui donne l’impulsion profonde à sa créativité, donc aussi avec les exigences terribles de cette vie, avec ses heurts, ses bonheurs et ses malheurs.

Ses créations lui permettent d’éclaircir le vécu de cette confrontation.

Aussi y a-t-il quelque chose de pleinement humain dans ses réalisations oscillant entre traits réels et formes surréelles: On pense pour ses formes ailées aux sphinx de Jean Cocteau, alors qu’une «parade sauvage» de figures, – comme, se référant à Rimbaud, elle a intitulé une de ses expositions –, peuple son univers qui a comme centre la dialectique éternelle de l’amour et de la mort, Eros-Thanatos: Démons triomphants et anges déchus, «quadroptères» et oiseaux en conférence, badauds («Zaungäste»), petits guerriers sauvages et hommes détruits, rois mourants et dieux inutilisables, mais aussi têtes d’une simple pureté, corps gracieux et couples enlacés, mais aussi créatures transcendées par l’humour de leur créatrice et figures protéiformes devenues pure «poésie en bois».

Tout dit la variété et la diversité de Marie-Josée Kerschen et la plénitude de ses possibilités, mais il faut évoquer aussi la pure et sobre beauté de ces œuvres, leur élégance, leur force concentrée, la diversité et la richesse des attitudes ou l’intensité des mouvements.

Ici, un art consommé est entré au service d’un imaginaire et d’une expressivité qui contiennent une vérité universelle.

Les réalisations dépassent ainsi le «narratif» pour acquérir la dimension de symboles. Elles nous interpellent comme des sirènes, et leur chant de vie, devenu art, concerne également notre vécu. Répondons-lui.

Remercions Marie-Josée Kerschen de l’offre d’un tel partage.

Guy Wagner (2000)